La Guerre de Trente Ans en Alsace

L’intervention danoise (1625-1629)

Le Roi du Danemark vient au secours des protestants en 1625 mais il est battu et doit se retirer en 1629.

L’intervention suédoise (1630-1635)

Gustave II Adolphe

C’est en 1630 qu’un changement important a lieu : le Roi de Suède, Gustav Adolf Vasa, un luthérien très sincère, très religieux et détenteur de terres importantes à la limite de l’Allemagne dans la Baltique, décide d’intervenir en Allemagne. Gustave-Adolphe est un chef de guerre absolument remarquable et en l’espace de moins de 2 ans, va réussir à emporter la décision, à battre l’armée catholique, l’armée de Tilly et de Wallenstein. Il donne un espoir extraordinaire aux protestants et a avec lui des généraux qui sont d’excellents chefs de guerre. Le meilleur s’appelle Bernard de Saxe-Weimar.

La mort de Gustave-Adolphe à la bataille de Lützen, en 1632.

Hélas, à la fin de l’année 1632, le 16 novembre en Saxe, à la bataille de Lützen remportée par les suédois : le Roi de Suède est mortellement blessé ; son second, Bernard de Saxe-Weimar, va continuer la guerre pour son compte. On va donc appeler « Suédois » non seulement des suédois d’origine mais aussi et surtout des allemands, des suisses, des saxons essentiellement, recrutés par Bernard de Saxe-Weimar. Ce dernier comprend une chose extrêmement importante : la clé de toute la guerre consiste à s’emparer de la vallée du Rhin, car c’est par là que l’Autriche peut recevoir ses renforts.

À la fin de l’année 1632, Bernard de Saxe-Weimar et un général suédois, Gustaf Horn, pénètrent en Alsace, obtiennent l’autorisation de passer par le pont de Kehl contrôlé par Strasbourg (ville protestante restée neutre). Les Suédois vont s’emparer de l’Alsace en l’espace de quelques semaines à peine à la fin 1632. Ils prendront notamment Benfeld, la meilleure place forte d’Alsace, dans laquelle ils vont s’organiser pour conquérir la région. Gustave-Adolphe mort, Bernard de Saxe-Weimar est en place. Le problème est qu’il est un peu contesté mais aussi et surtout que les armées catholiques vont essayer de refaire leurs forces. En 1634, l’équilibre des puissances est de nouveau rétabli. Le résultat est que Bernard de Saxe-Weimar va être obligé de faire le forcing. Ce qui l’intéresse en particulier est de bien se positionner sur le Rhin et d’avoir des alliées.

Cette histoire est très complexe, on ne sait jamais qui est dans quel camp. Ce qu’il est important de savoir c’est qu’à partir de 1634, le Roi de France décide d’entrer dans la mêlée. Le Roi de France, très chrétien, catholique ayant des protestants sur ses terres contre lesquels il se bat aussi, passe du coté des princes protestants. C’est paradoxal mais en vertu du principe : « Je suis l’ennemi des Habsbourg d’Espagne et d’Autriche donc, les ennemis de mes ennemis sont mes amis ». À partir de 1634-1635, le Roi de France envoi des troupes à l’armée dite « suédoise » de Bernard de Saxe-Weimar et va l’aider à prendre possession de l’Alsace en s’organisant plus ou moins bien. Résultat, en 1638, le Roi de France et ses alliés suédois, ou ex-suédois, sont pratiquement, à quelques exceptions près, maîtres de l’Alsace. Il y a eu entre temps des combats extrêmement rudes qui tiennent à la façon de faire la guerre.

Modèle réduit d'une section de piquiers et arquebusiers, musée de l'Armée de Suède à Stockholm.

Ce qui fait la force des armées c’est l’infanterie, la piétaille, c’est-à-dire le nombre de soldats qui se battent avec des piques contre les cavaliers ou contre d’autres fantassins avec des arquebuses suivant une « liturgie » très complexe. Ces armées de milliers d’hommes armés coûtent extrêmement cher parce-que se sont des mercenaires ; ce sont en quelques sortes des entreprises privées que l’on loue. Une armée en marche est assez compliquée, car elle est précédée par des arquebusiers, suivi par des mousquetaires puis par des piquiers avec, pour finir, les bagages. Une armée se déplace avec un matériel tout à fait énorme : du butin bien sûr et quantités de personnes vivant de l’armée, hommes, femmes et enfants. Tout cela est mentionné dans les nouvelles, par exemple, de l’invasion Suédoise en Souabe et en Saxe à la fin de l’année 1632 : « le Maréchal Gustaf Horn est retourné le 9 du présent d’Alsace en cette ville […] avec quelques unes de ses troupes pour aider à prendre la ville d’Offenburg ». Car lorsque la guerre se rapproche, on va recruter des troupes dès qu’on en a besoin et puis, quand on en a plus besoin, on les licencie et elles passent dans l’armée ennemie. C’est assez compliqué et s’ajoute à cela que faire des sièges coûte extrêmement cher, parce qu’il faut utiliser des techniques et des moyens d’attaques très complexes, mobiliser des terrassiers, du génie, des ingénieurs, j’en passe et des meilleures.

Les suédois vont s’employer à assiéger les principales places fortes du pays. L’exemple le plus connu c’est celui du Haut-Kœnigsbourg qui est assiégé en 1633 et finalement pris après quelques semaines. Un siège particulièrement difficile avec des opérations commandos.

Des villes comme Ensisheim ou Belfort, pour citer deux exemples, sont prises et reprises, perdues et reperdues 6 ou 7 fois en l’espace d’un an. Cela donne un aperçu du rythme de cette guerre qui verra aussi l’utilisation d’explosifs. En effet, les sièges se font en utilisant des « pétards » ; il ne s’agit pas de canons mais des sortes de mortiers plaqués contre les portes ou contre les murs d’une fortification. Cela se passe en général de nuit et ils servent à projeter de l’explosif pour casser le mur ou la porte : c’est une technique fréquemment utilisée. Les techniques de siège, très complexes, demandent souvent des travaux de retranchements, très longs, très importants, au point qu’une guerre est donc toujours souvent un siège qui s’éternise : une armée de relève vient en renfort aux assiégés ou aux assiégeants provoquant une bataille rangée. La bataille de Nördlingen, par exemple, est une victoire des impériaux contre les suédois et est à l’origine de l’intervention française.

La bataille de Nördlingen, en 1634.

Nördlingen se trouve en Souabe et voici les circonstances de la bataille : les armées se battant à travers toute l’Allemagne sont recrutées non seulement sur place, en Allemagne, mais aussi dans toute l’Europe. Par exemple, on trouve dans l’armée impériale en Alsace : des croates (guerriers relativement sauvages), des espagnols, des italiens… Parmi les généraux on trouve des italiens : Ambrogio Spinola Doria, Raimondo Montecuccoli, Matthias Gallas, un belge : Jean t’Serclaes, comte de Tilly, un hollandais : le comte de Bucquoy, etc. Il n’y a pas d’appartenance nationale stricte. On est très interchangeable et on fonctionne souvent par rapport au plus offrant. Il y a moyen de gagner sa vie d’une façon extrêmement ample en étant « entrepreneur de guerre ».

Bien entendu cela implique aussi un armement cher et de l’entraînement. Les espagnols sont considérés comme les meilleurs fantassins de l’époque grâce à leur technique de bataille en carré. Je ne vais pas rentrer dans les détails mais il y a de vrais chefs-d’œuvres de tactiques militaires causant des batailles très impressionnantes au cours desquelles des milliers d’hommes s’affrontent avec à la fois le choc de carré de fantassins, l’utilisation d’artillerie pour briser ces carrés, des charges de cavalerie extrêmement impressionnantes, etc.

Lithographie de la bataille de la Montagne Blanche, en 1620.

Bouclier blanc barré de deux bandes rouges, entouré par deux lions et surplombé d'un heaume couronné.

Vitrail du XVIème siècle présentant les armoiries de Strasbourg.

Il y a aussi des bannières, car il n’y a pas de drapeaux nationaux à l’époque, et ces bannières portent souvent des slogans. La ville de Strasbourg est neutre, mais en 1632 elle engage des régiments de mercenaires pour se défendre. Certains de leurs drapeaux représentent les armoiries de la ville, d’autres arborent des slogans comme Le christ est mon espoir ou bien Gott mit uns qui apparaît à l’époque. Le drapeau de Strasbourg représente assez souvent une fleur de lys qui n’est pas la fleur de lys du Roi de France mais un des symboles de la ville.

Enfin, dans ces opérations de guerre extrêmement rudes, d’allées et venues de troupes, il y a bien entendu toutes les retombées sur la population civile qui, parfois, organise de véritables résistances : c’est particulièrement le cas dans les Vosges où il y a des « guérilleros » et, parfois, des capitaines improvisés. En 1633, les paysans du Sundgau, dans le sud de l’Alsace, se révoltent contre les suédois, s’emparent du château de Ferrette où se trouvait une garnison suédoise (en réalité composée de suisses) et balancent une partie des membres de la garnison par les fenêtres du château (une pratique assez courante à l’époque). Les suédois reviennent et, bien entendu, vont pendre ces pauvres paysans aux branches des arbres. Ce genre d’épisode se multiplie à l’envi au cours de la période.

Arbre auquel sont pendus des dizaines de persones.

Les Misères de la guerre, n°11 : Les Pendus.